2026 - Edito du 2 Août

Written by Père BELIN

Il y a des jours où notre cœur ressemble à ce lieu désert où Jésus s'était retiré. Fatigués par le bruit du monde, affaiblis par nos propres manques, nous ressentons une faim que rien ne semble pouvoir combler. Nous cherchons à acheter notre bonheur, à consommer du sens, mais le prophète Isaïe nous arrête : « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas ? »

Face à nos déserts, le Christ ne renvoie pas la foule. Sa première réaction n'est pas un jugement, mais une immense compassion. Il voit notre faim de vérité, d'amour et de paix. Et au lieu de faire un miracle à partir de rien, il se tourne vers ses disciples — il se tourne vers nous — et pose cette exigence bouleversante : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Seigneur, que voulons-nous que nous fassions ? Nous n'avons que cinq pains et deux poissons. Qu'est-ce que cela pour tant de misère, tant de solitudes, tant de guerres ? Notre pauvreté nous paralyse.

C’est alors que le miracle commence. Jésus ne nous demande pas d'avoir des réserves infinies. Il nous demande simplement de lui apporter le peu que nous avons. Nos petits efforts, notre patience fragile, notre temps compté, notre amour imparfait.

Il prend ce peu. Il lève les yeux au ciel. Il rend grâce. Il rompt les pains.

Entre ses mains, le peu devient surabondance. Parce que la logique de Dieu n'est pas celle du calcul, mais celle du don. Quand nous gardons nos cinq pains pour nous, nous mourons de faim. Quand nous les offrons, ils nourrissent une multitude, et il en reste encore douze paniers pleins.

Cette table que Jésus dresse au désert, c'est l'Eucharistie de chaque dimanche. C'est le lieu où rien, comme le crie saint Paul, absolument rien ne peut nous séparer de son amour. Nous y venons les mains vides, nous en repartons comblés, investis à notre tour de la mission de rompre le pain de la fraternité pour le monde.

2026 - Edito du 26 juillet

Written by Autre

La Parabole du Trésor Caché dans le champ porte une idée relativement simple : la valeur du Royaume est incommensurable et il est bon de tout consacrer pour le faire sien. Le Royaume est plus désirable qu’aucune autre valeur, jouissance, sécurité ou confort – que cette vie ne saurait nous donner. La parabole, cependant, conserve une sorte de difficulté dans son interprétation, car il ne s’avère pas si simple de trouver ce trésor. Jésus ne cesse de l’affirmer : le Royamume est dans le monde, à  portée de main. S’il est si accessible, comment le découvrir ? L’une de nos grandes difficultés est que, spontanément, nous cherchons le Royaume à l’extérieur de nous-mêmes, tellement nous sommes convaincus de ne pas être des fils et des filles du Royaume. Saint Augustin a vécu la même expérience : « Et voici que tu étais au-dedans de moi, et moi, au dehors de moi-même et c’est là que je te cherchais. »

 

Mais précisément, puisque le Seigneur nous a donné l’Esprit de vérité et q’il a fait de nous ses fils, la parabole prend alors un autre sens possible, le champ n’est autre que mon cœur : un trésor est caché dedans. Découvrir dans sa vie la puissance du salut de Dieu conduit à tout mettre en œuvre pour vivre de ce salut dès à présent. Voici donc en quoi consiste l’achat de ce champ : vivre sa foi au risque du monde, cultiver la prière et la charité comme une seconde nature, laisser le Christ vivre en nous par la puissance de son Esprit. Le Royaume des Cieux lève en nous, en nous donnant de le manifester au-dehors pour tous les hommes et toutes les femmes qui y aspirent.

                                                                 Père Sylvain BRISON,  Revue Magnificat

 

2026 - Edito du 19 juillet

Written by Pape François

Cet évangile nous apprend que le Royaume des Cieux se construit en même temps que celui de son adversaire. Le maître prend le temps avant d’écarter l’ivraie. Ce n’est qu’à la fin des temps qu’on séparera le bon grain de l’ivraie. En attendant, ils poussent ensemble et les serviteurs devront prendre soin, aussi bien de l’un que de l’autre. Ce champ est à l’image de notre monde. Celui-ci n’est pas encore arrivé à sa plénitude. La création de Dieu se poursuit jusqu’à son terme que nous ne connaissons pas encore. En particulier, le mal fait encore pousser son ivraie. Certes, la victoire de Dieu sur le mal est acquise par la résurrection du Christ. Mais elle n’est pas encore pleinement manifestée. Il nous revient alors de garder l’espérance de la voir un jour réalisée. En attendant, nous vivons en nous ce combat entre le bien et le mal. Même saint Paul le reconnaît : je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas (Rm 7, 19). Nous aussi, nous sommes pécheurs. Mais cela ne nous empêche pas de grandir en sainteté. Notre histoire, malgré le mal et le péché qui la défigurent, est une histoire sainte que Dieu accompagne de sollicitude et de sa grâce.

Cet évangile nous libère d’un idéal de pureté qui n’est pas accessible en ce monde. Il nous faut apprendre à persévérer dans la sainteté malgré le mal qui fait pousser en nous l’ivraie. Le maître dit bien : laissez-les pousser ensemble. Le maître a plus de patience envers nous que nous-mêmes ! Nous, on voudrait tout arracher d’un coup. Mais Dieu calme nos emportements. Si Dieu nous invite au calme et à la patience, c’est parce qu’il sait que d’un mal peut sortir un bien. Le bienheureux Jean-Joseph Lataste, dominicain et prédicateur en prison au 19e siècle, le proclamait en son temps : « Les plus grands pécheurs, les plus grandes pécheresses ont en eux ce qui fait les plus grands saints ». La sainteté, tout comme la pureté, est une histoire, un chemin que nous parcourons patiemment. Mais gardons l’espérance : l’ivraie n’a pas d’avenir. Notre avenir, c’est le bon grain que Dieu a semé en nous et les bons fruits que nous aurons fait pousser.

                                                                                                  Frère Jean-Baptiste Régis, dominicain

2026 - 7 Juin - Le saint-sacrement du corps et du sang du Christ

Written by Autre

EN NOUS

« Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » La question, posée par les Juifs et relayée par Jean, n’a-t-elle pas habité chacune, chacun d’entre nous à un moment de notre vie de croyant ? En évoquant un pain qui tombe du ciel, l’auditoire de Jésus a forcément en tête la manne tombant du ciel dans le livre de l’Exode, sans laquelle le peuple hébreu serait mort de faim. La promesse ici est différente, et c’est ce que Jésus veut souligner. Cette fois, le pain qu’il offre à travers sa chair donne la vie éternelle. C’est peut-être sur cette éternité qu’il nous faut porter notre attention. Plutôt que d’être un futur hypothétique, le don de Jésus nous fait participer, depuis ici et maintenant, à cette vie en abondance qui ne finit pas. Dans cette communion où Dieu vient demeurer en nous, la trame de notre existence s’ouvre à une autre manière d’être, tournée vers cette promesse d’éternité et ce qu’elle implique pour nos vies, si nous la prenons au sérieux. Ce Dieu qui vient demeurer en nous, c’est ce qui nous prémunit de réduire notre foi à une éthique. Mais c’est aussi l’aiguillon de l’amour qui nous presse de vivre la communion telle que le Christ l’a enseignée. Et s’il y a forcément quelque chose qui nous dépasse dans ce médium qu’est l’hostie, son humilité correspond bien à la simplicité évangélique. Dans un bout de pain peut se tenir une puissance de salut.

                                              Marie Leduc-Larivé, théologienne     

2026 - Edito du 3 mai - Benoit XVI

Written by Pape Benoit XVI

Alors que s’approchait la Passion, Jésus rassure ses disciples en les invitant à ne pas avoir peur et à avoir la foi ; puis il instaure un dialogue avec eux dans lequel il parle de Dieu le Père. À un certain moment, l’apôtre Philippe demande à Jésus : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit ». Philippe est très pratique et concret, il dit également ce que nous voulons dire : « Nous voulons voir, montre-nous le Père », il demande de « voir » le Père, de voir son visage. La réponse de Jésus est une réponse non seulement à Philippe, mais également à nous, et nous introduit dans le cœur de la foi christologique ; le Seigneur affirme : « Qui m’a vu a vu le Père ». Dans cette expression est contenue de façon synthétique la nouveauté du Nouveau Testament, la nouveauté qui est apparue dans la grotte de Bethléem : il est possible de voir Dieu, Dieu a montré son visage, il est visible en Jésus Christ. (…)

En Jésus, la médiation entre Dieu et l’homme trouve également sa plénitude. Dans l’Ancien Testament, il existe une série de figures qui ont eu cette fonction, en particulier Moïse, le libérateur, le guide, le « médiateur » de l’alliance, comme le définit également le Nouveau Testament (cf. Ga 3, 19 ; Ac 7, 35 ; Jn 1, 17). Jésus, vrai Dieu et vrai homme, n’est pas simplement l’un des médiateurs entre Dieu et l’homme, mais il est « le médiateur » de l’alliance nouvelle et éternelle (cf. He 8, 6 ; 9 ; 15 ; 12, 24) ; « car Dieu est unique — dit Paul —, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus » (1 Tm 2, 5 ; cf. Gal 3, 19-20). En Lui nous voyons et nous rencontrons le Père ; en Lui nous pouvons invoquer Dieu sous le nom d’Abba Père ; en Lui nous est donné le salut.                                                                               Benoît XVI