2026 - Edito du 11710 - Pape Benois XVI 16/10/2011
Jésus répond par un réalisme politique surprenant, lié au théocentrisme de la tradition prophétique. L’impôt à César doit être payé, car l’effigie sur la pièce de monnaie est la sienne ; mais l’homme, chaque homme, porte en lui une autre image, celle de Dieu, et c’est donc à Lui et à Lui seul que chacun doit sa propre existence. Les pères de l’Eglise, en partant du fait que Jésus fait référence à l’image de l’empereur frappée sur la pièce de monnaie de l’impôt, ont interprété ce passage à la lumière du concept fondamental d’homme image de Dieu, contenu dans le premier chapitre du Livre de la Genèse. (…)
Cette parole de Jésus est riche de contenu anthropologique, et ne peut être réduite à son seul domaine politique. L’Eglise ne peut donc se limiter à rappeler aux autres la juste distinction entre la sphère d’autorité de César et celle de Dieu, entre le domaine politique et le domaine religieux. La mission de l’Eglise, comme celle du Christ, consiste essentiellement à parler de Dieu, à faire mémoire de sa souveraineté, à rappeler à tous, en particulier aux chrétiens qui ont égaré leur identité, le droit de Dieu sur ce qui lui appartient, c’est-à-dire notre vie.
(Pape Benoît XVI, Homélie, 16 octobre 2011)
2026 - Edito du 11/10 - Pape François 15/10/2023
L’Evangile d’aujourd’hui nous parle d’un roi qui prépare un banquet de noces pour son fils (cf. Mt 22, 1-14). C’est un homme puissant, mais c’est surtout un père généreux, qui nous invite à partager sa joie. En particulier, il révèle la bonté de son cœur dans le fait qu’il ne force personne, mais qu’il invite tout le monde, même si cette façon de faire l’expose à la possibilité d’un refus. Notons-le : il prépare un banquet, offrant gratuitement une occasion de rencontre, de fête. C’est ce que Dieu prépare pour nous : un banquet, pour être en communion avec Lui et entre nous. Et nous, nous tous, sommes donc les invités de Dieu. Mais un banquet nuptial demande de nous du temps et notre participation, il demande un « oui » : aller, aller à l’invitation du Seigneur, Il invite mais nous laisse libres.
Voilà le genre de relation que le Père nous offre : il nous appelle à être avec lui, en nous laissant la possibilité d’accepter ou non. Il ne nous propose pas un rapport de soumission, mais une relation de paternité et de filiation, qui est nécessairement conditionnée par notre libre consentement. Dieu est très respectueux de la liberté.
Saint Augustin utilise à cet égard une très belle expression en disant : « Dieu t’a créé sans toi, il ne te sauvera pas sans toi » (Sermon 169, 13). Et ce n’est certainement pas parce qu’il n’en a pas la capacité — il est tout-puissant ! — mais parce que, étant amour, il respecte jusqu’au bout notre liberté. Dieu propose, il n’impose pas, jamais.
(Pape François, Angélus, 15 octobre 2023)
2026 - Edito du 4/10
« Veuille me faire parvenir jusqu’à cette source, Dieu de miséricorde, Seigneur de bonté, et que là, je puisse boire, moi aussi, avec ceux qui ont soif de toi, au courant vivant de la source vive de l’eau vive. Qu’alors, comblé de bonheur par cette grande fraîcheur, je me surpasse et demeure toujours près d’elle, en disant : “Qu’elle est bonne, la source de l’eau vive ; elle ne manque jamais de l’eau qui jaillit pour la vie éternelle !” Ô Seigneur, tu es, toi, cette source qui est toujours et toujours à désirer, et à laquelle il nous est toujours permis et toujours nécessaire de puiser. Donne-nous toujours, Seigneur Jésus, cette eau, pour qu’en nous aussi elle devienne source d’eau qui jaillit pour la vie éternelle. »
Extrait d’une prière de Saint Colomban de Luxeuil
2026 - Pape Léon XIV, Lourdes, homélie 27 sept

Frères et sœurs, pèlerins venus de France et du monde entier,
en vous regardant ce matin, réunis dans la maison de notre Mère, je vois le visage universel de l’Église. Certains de vous ont traversé des continents, surmonté des fatigues, apporté vos joies et vos fardeaux jusqu’à cette Grotte sacrée. Quel bonheur d’être ensemble, un seul cœur, une seule famille ! Un solo corazón, una sola famiglia !
Je tiens à saluer tout particulièrement les pèlerins venus de toutes les provinces et diocèses de France. Vous foulez aujourd’hui le sol de cette terre bénie qui a reçu tant de grâces. Que ce pèlerinage ravive la flamme de la foi dans vos foyers et dans vos paroisses. Portez le réconfort de Lourdes à vos voisins, à vos proches et à tout le peuple français.
Les textes que la Liturgie nous propose en ce dimanche rejoignent un aspect central du message que la Vierge Marie est venue confier à sainte Bernadette : un appel, tendre et pressant, à la conversion. Jésus pose dans l’Évangile un regard de vérité et de profonde tristesse sur les cœurs fermés : "Vous ne vous êtes pas repentis !" (Mt 21, 32). Pourquoi cette blessure dans le cœur du Christ ? Parce que Dieu ne veut pas la perte de ses enfants. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle : "Tout homme qui commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra" alors que s’il se convertit, s’il "ouvre les yeux et se détourne de ses crimes, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas" (cf. Ez 18, 26.28). C’est pourquoi les appels à la pénitence résonnent sans cesse dans les Saintes Écritures, et traversent la prédication de l’Évangile au cours des siècles. Ils revêtent une gravité salutaire pour en manifester l’urgence et la nécessité : c’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut (cf. 2 Co 6, 2). Oui, Dieu désire que l’homme vive, qu’il ouvre les yeux et retourne à Lui. Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas.
Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : "Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous" (13, 5). Mais Il élargit l’horizon de la vie terrestre à celui de la vie éternelle. Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix. La Vierge Marie n’a-t-elle pas dit à sainte Bernadette : "Je ne te promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre" ?
Cette promesse, proclamée ici-même, résonne avec une force particulière en cette terre de France et bouscule nos mentalités contemporaines. Dans ce moment de l’histoire, au sein d’une société en quête de progrès et de bien-être matériel, mais parfois tentée d’oublier l’horizon de l’éternité, Marie vient nous rappeler la grandeur et l’ampleur de notre vocation à la vie, à la vie éternelle. Face aux courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse, la Grotte de Massabielle se dresse comme un sanctuaire de l’espérance chrétienne. Ici, aucune fragilité n’est rejetée. Vos béquilles, vos fauteuils roulants, vos larmes cachées ne sont pas des obstacles : ils sont le lieu par excellence où vous êtes pleinement respectés, accueillis et transformés par l’amour infini de Dieu. Lourdes est le lieu béni d’une profession de foi en la beauté et la sacralité de la vie, car elle y est accueillie comme un don précieux de Dieu, appelé à s’épanouir pour l’éternité dans l’amour du Père.
"Je te promets" ! Oui, la vie éternelle est une promesse solide, certaine, que le Seigneur nous fait. Il nous l’a déjà obtenue par sa mort sur la croix et sa résurrection, et il la réalise déjà chaque jour en nous par la grâce du baptême. Elle est à notre portée, mais il nous appartient de l’accueillir librement, de la saisir, de ne pas y faire obstacle ; or l’obstacle à la grâce et à la vie éternelle, le seul obstacle, c’est le péché, le repli sur soi, ce refus de Dieu qui nous enferme dans nos obscurités ! Notre responsabilité personnelle est donc en jeu, et elle est grande ! Dieu nous a voulu libres, car la liberté est une condition de l’amour ; on ne peut pas aimer par contrainte. Cette liberté qui nous est donnée, nous devons l’engager dans un "oui" au Christ, avec le secours de sa grâce, et à la suite de Marie ; un "oui" sans cesse renouvelé, et cela jusqu’à notre dernier souffle : "maintenant et à l’heure de notre mort…" disons-nous dans le "Je vous salue Marie".
On retrouve cet appel insistant à la conversion dans les paroles que Marie prononça ici-même : "Pénitence ! Pénitence ! Pénitence !". Elle répète le mot trois fois… ! et invite Bernadette à en accomplir certains gestes ! Pourquoi donc ? Serions-nous lents à comprendre ? Nous estimons-nous trop facilement sans péché ? Ne la pratiquons-nous pas assez ? La Vierge nous demande de faire pénitence, non seulement pour nous-mêmes qui en avons besoin, mais aussi "pour les pécheurs", pour un monde qui va mal. Comment nos cœurs ne seraient-ils pas interpellés face aux conflits de plus en plus répandus, qui détruisent tant de vies innocentes. Or le mal que connaît notre époque vient du cœur de l’homme, Dieu n’en n’est pas responsable : "Ce n’est pas ma conduite qui n’est pas bonne – dit-il aux fils d’Israël –, c’est la vôtre" (Ez 18, 25). C’est donc le cœur des hommes qu’il faut changer, à commencer par le nôtre.
La pénitence est une œuvre suscitée par l’amour en solidarité avec le genre humain : amour pour Dieu dont on veut réparer la blessure de son Cœur causée par nos péchés ; amour pour tous nos frères les hommes qui n’entendent pas cet appel à la conversion et que leurs fautes entraînent vers la mort. Cette exigence de conversion engage l’Église elle-même dans son pèlerinage terrestre. Elle doit avoir le courage de vivre cette conversion en premier lieu. Pour guérir des blessures profondes, des infidélités et des égarements douloureux commis en son sein, nous devons nous tenir humblement sous le regard purificateur du Seigneur. Reconnaître nos propres fautes est indispensable à notre progression spirituelle, comme l’écrivait Saint Augustin : "Que te déplaise toujours ce que tu es, si tu veux atteindre ce que tu n’es pas" (Disc. 169, 15.18)
Le rappel de notre Mère à notre devoir de prière et de conversion nous remplit d’une grande espérance, car elle nous indique le moyen pour changer le cours des choses, moyen qui n’est autre que celui de nous associer à la passion du Christ. Chers malades qui connaissez la souffrance, si nombreux à Lourdes, il vous est possible de vivre vos peines et vos douleurs dans cet esprit d’offrande,pour entrer dans cette démarche rédemptrice dont le monde a tant besoin. En ce sens vous êtes vraiment au cœur de l’Église, et votre rôle est irremplaçable.
Pèlerins, frères et sœurs, vous ne repartirez pas de Lourdes comme vous y êtes arrivés : vous repartirez en missionnaires de l’espérance ! Tel est le miracle de ce lieu : susciter la joie de l’espérance au cœur même de l’épreuve et de la peine. La Vierge Marie guérit nos regards et transfigure nos cœurs en leur donnant la paix. Devenez dans vos pays, vos diocèses et vos familles, les témoins actifs de cette force et de cette tendresse divines qui nous permettent de continuer la route et d’atteindre le but. Portés par la prière des malades et l’amour de notre Mère, marchez avec confiance vers l’avenir. Ne craignez pas les tempêtes du monde : la sainte Mère de Dieu veille sur notre marche, elle enveloppe l’Église de son manteau de tendresse ; Étoile radieuse du matin, elle guide nos pas pour nous enfanter, dans la joie, à la vie même de son Fils Jésus.
Amen.
2026 - Edito du 27/10
Dans l’Evangile de ce jour, le reproche de Jésus, à travers la parabole des deux enfants, porte moins sur la division entre le dire et le faire, que sur l’enfermement dans une obstination qui ne conduit pas vers la vie. La fermeture du cœur (« je sais » ; « j’ai raison »), empêche d’entendre l’appel adressé pour aujourd’hui.
Chez les publicains et les prostituées, Jésus relève une qualité : ils ont eu foi en la prédication de Jean : « Repentez-vous car le Royaume de Dieu est tout proche » (Mt 3,2). Se repentir ouvre le chemin vers la conversion par la reconnaissance de son erreur : « Je me suis trompée de chemin ; je fais demi-tour pour prendre un autre chemin ».
Jean invite également à ne pas se contenter d’avoir Abraham pour père (Mt 3,8), à ne pas se croire sauver d’avance et à produire un fruit de repentir. L’appartenance au peuple élu ne suffit pas ; c’est la foi active qui sauve car c’est elle qui nous engage sur le chemin vers Dieu.
Carmel Saint Joseph
2026 - Edito du 20/09
ABANDONNER NOTRE LOGIQUE DE COMPTABLES
Imaginez un patron d’entreprise qui emploierait des méthodes pareilles ! Il aurait certainement une bonne partie de ses ouvriers en grève dès le deuxième matin ! Mais Jésus a bien dit qu’il ne parlait pas d’une entreprise comme les autres puisqu’il a introduit sa parabole en disant : « Le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine… » : d’entrée de jeu, donc, nous savons qu’il est question du royaume des Cieux ; et nous savons bien, Isaïe nous l’a rappelé, que « les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées… » Et donc, dans cette vigne très particulière, il y a des ouvriers embauchés à toute heure du jour… Apparemment, le travail ne manque pas. Mais la pointe de la parabole n’est pas là : comme toujours, il faut chercher d’abord ce que ce texte dit sur Dieu. « Moi, je suis bon » dit Dieu ; « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » Dieu est bon, et d’une bonté qui ne fait pas de comptes. Cela veut dire que sa bonté surpasse tout, y compris le fait que nous ne la méritons pas ; cela veut dire qu’il faut que nous abandonnions une fois pour toutes notre logique de comptables : dans le royaume des Cieux, il n’y a pas de machine à calculer les mérites… Elle est là, peut-être, la conversion qui nous est demandée ; cette logique de comptables, nous avons bien du mal à nous en défaire : nos efforts, nos sacrifices, nos souffrances, nous voudrions toujours les comptabiliser pour nous rassurer ; cela nous donne, pensons-nous, des droits sur le Royaume, sur l’amour de Dieu…
TON REGARD EST-IL MAUVAIS PARCE QUE MOI, JE SUIS BON ?
A l’inverse, il nous paraîtrait juste que Dieu ne traite quand même pas tout le monde de la même manière : « Tu les traites à l’égal de nous ! », reprochent les ouvriers de la première heure, sous-entendu ‘nous méritons mieux’. Et justement, Jésus veut nous faire sortir de cette logique du mérite : l’amour ne compte pas. L’amour ne s’achète pas, il est donné. Cette leçon-là, pourtant, n’était pas nouvelle ; allez lire le psaume 126/127 : « Dieu comble son bien-aimé quand il dort. » Il n’est pas question de mérites là-dedans ; pire, le même psaume affirme : « En vain tu devances le jour, tu retardes le moment de ton repos, tu manges un pain de douleur… » autrement dit : ne calcule pas tes mérites et tes heures supplémentaires, Dieu te comble au-delà de tout.
Marie-Noëlle THABUT, bibliste
2026 - Edito du 11/09
Pardonner. Voilà le mot-clé de ce dimanche.
Pardonner pour vivre, pardonner pour aimer plutôt que de fermer son cœur et de vivre dans la rancune.
Car le pardon restaure, guérit, remet sur pied, « te couronne d’amour et de tendresse ».
C’est pour nous aimer que Dieu nous demande de pardonner car nous appartenons au Seigneur, c’est-à-dire que nous sommes l’un à l’autre dans une relation d’amour.